—Comment Vaumoise!... Vous vous y connaissez aussi en musique, maintenant?... Vous devenez mélomane!... C'est trop cocasse!.... Ainsi, sérieusement, cela vous plaît, la musique de ce Favierres?...

—Mais, mon cher, protestait Vaumoise d'un ton vexé.

—Cela vous plaît? continuait Lahonce gouailleusement... Vous allez peut-être me dire que vous y comprenez quelque chose à ce brouillamini, à ce charivari?... Non pas à moi, n'est-ce pas?... Tenez, ce qui vous convient, Vaumoise, c'est du bon Rossini, du bon Auber, du bon Verdi... du bon opéra classique, comme il en faut à de vieux abonnés tels que nous... Mais du Favierres, du Favierres?... Non, mon cher, ce n'est pas de votre âge!...

Il ricanait, le visage tout violacé de sang, le front tout luisant d'une sueur de haine. Vaumoise, dont les yeux gris étincelaient sous leurs épaisses paupières, riposta avec calme:

—Blaguez, tant que vous voudrez, mon ami... Vous n'empêcherez pas que Favierres ne soit un des premiers musiciens de son époque...

—C'est possible!... C'est possible! grognait Lahonce, les dents serrées, en considérant machinalement Warner, pour la prendre à témoin de l'outrage que, chez elle, on s'obstinait à lui faire... Oui! Je ne nie pas!

Puis, comme crachant un caillot d'injures qui l'étouffait, lui emplissait la bouche, il clama:

—Oui, c'est possible. Le musicien est sans doute très fort, puisque vous l'affirmez. Mais l'homme? Ah! non... Ah! non!... L'homme est un vilain monsieur, un vilain coco... C'est moi qui vous le dis, cette fois!... Et je vous autorise à le lui répéter, si cela peut vous être agréable, mon cher...

—Voyons, Pierre! implora Warner dont les pommettes citronneuses blanchissaient d'effroi. Voyons, je t'en prie...

—Oui! marmonnait Lahonce assourdi de fureur... Parfaitement, un vilain coco, dans toute l'acception du terme!