—Je t'ai déjà dit que tout cela, ce sont des affaires de chantage... Et puis, tu m'ennuies à la fin avec cette mort... Tous les jours et tous les jours tu es à me rebattre les oreilles de ces potins... Assez, n'est-ce pas? Laisse-moi tranquille!...
Mme Favierres n'insista point. Depuis la mort de Lahonce, en effet, à chaque repas, elle tourmentait son mari de questions sournoises sur ce décès obscur—aguichée à la fois par une curiosité naïve de lectrice de feuilletons, par un goût romanesque pour les affaires étranges, et aussi par l'amusement de taquiner Favierres, de le voir se contracter d'énervement ou rougir de malaise quand elle nommait ce nom, symbole de double trahison, et qu'ensanglantait presque cette mort mystérieuse.
Elle acheva d'écraser le sucre au fond de sa tasse et tout en avalant le café, à petites gorgées, la tête renversée, elle recommença:
—C'est égal!... C'est drôle!...
—Quoi?... Qu'est-ce qui est drôle?...
—Eh bien, ce petit Charlie... Voilà trois semaines qu'il n'a pas mis les pieds à la maison... Tu étais brouillé avec son père, bon!... Mais ce n'est pas une raison, parce que son père est mort, pour nous négliger à ce point-là... Est-ce notre faute à nous?
Favierres se taisait. Elle déposa sa tasse et reprit:
—Ça ne te semble pas drôle à toi, ni extraordinaire qu'il ne soit pas revenu, qu'il ne t'ait pas écrit, qu'il n'ait pas donné signe de vie?...
—Si, je trouve cela très drôle!... Et ensuite?... Que veux-tu que j'y fasse?... Veux-tu que je coure chez lui et que je le ramène ici par l'oreille?... S'il ne vient pas, c'est, je suppose, qu'il a ses motifs pour ne pas venir...