Ainsi, d'habitude, quand, vers deux ou trois heures, une lettre, un télégramme de Mme Hardouin le relevait de sa faction anxieuse, quand l'attente ne le consignait plus à la chambre, le premier instant de colère passé, il s'absorbait dans des dispositions de combat, des opérations de stratégie qui duraient un assez long bout de temps et lui calmaient peu à peu les nerfs.
Il s'agissait de répondre à Jack, de la convaincre de mensonge, de duplicité,—de lui prouver logiquement que ses prétextes ne tenaient pas debout et qu'il était absolument nécessaire qu'elle vînt dans le plus proche délai.
Mareuil dépensait, à la rédaction de ces ultimatum, des prodiges d'habileté, de délicatesse.
Il lui fallait accabler Jack en évitant de la fâcher, unir la courtoisie à la fermeté, dissimuler sous une ironie de bon aloi l'envie qu'il avait de lui dire les choses les plus grossières, la supplier sans bassesse, la menacer avec retenue, et il y usait le meilleur de son style, toutes les ressources de son esprit.
Puis, ce tour de force exécuté, il courait mettre la lettre à la boîte, et lorsqu'il la voyait s'échapper de ses doigts, glisser dans la large fente, partir enfin, il avait un sentiment de repos, d'allègement, comme après une bataille livrée dont il eût ignoré le résultat, mais où tout l'effort à donner eût été accompli.
Cette fois, rien de semblable.
Il devait garder en lui, pour lui, l'amertume de cette matinée, qui l'écrasait maintenant. Défense d'écrire! Défense de répliquer!
Il se tirait nerveusement la moustache, se la frisait, se la défrisait à contre-sens: «Ah! c'est très fort, ce qu'elle a fait!... Elle voulait la paix pour quinze jours et elle l'a ... C'est bien joué!... Je suis roulé!...»
Il regarda l'heure, et s'exaltant:
«Ce qu'elle doit se moquer de moi, en ce moment, en finissant de déjeuner, en dégustant la chartreuse ou l'anisette rose à ma santé ...»