En pénétrant dans sa chambre, Mareuil distingua, au milieu de son bureau, une tache blanchâtre, le carré clair d'une lettre placée en évidence.
Il alluma vite. L'enveloppe renfermait une carte de visite sur laquelle il lut:
«M. et Mme Lepassereau prient M. Gilbert Mareuil de leur faire l'honneur de venir dîner chez eux le mercredi 11 mars.»
Il déchira la carte d'un geste de colère:
«Ah! non, par exemple!... Dîner chez les Lepassereau pour en revenir encore avec une âme d'encre comme ce soir?... Non, non!... Ç'a été aujourd'hui ma dernière dans le monde ... Assez de ces blagues! Je n'ai plus la santé à cela!...»
Il ouvrit la fenêtre et s'accouda au balcon. Sous les rayons de la lune, les trottoirs secs avaient des pâleurs de marbre blanc. Par instants, des profondeurs d'un endroit ignoré s'élevaient des sifflements aigus de locomotives, comme la plainte grêle et lointaine de cette nuit mélancolique.
Mareuil sentait arriver l'accès de tristesse habituel, et parmi le silence propice des choses assoupies, il ne résistait plus, il se laissait envahir, les paupières battantes comme pour appeler les pleurs.
En face, il voyait les sombres couloirs vides des rues adjacentes, les maisons perdues dans les ténèbres, et il songeait aux gens qui sommeillaient paisiblement derrière ces vitres noires ou bleuies par la lune, à d'autres encore, endormis ailleurs, partout; à cette grande trêve de plusieurs heures qui, chaque nuit, arrête la méchanceté des personnes bien portantes.
«Toujours cela de gagné!... Toujours cela de moins à souffrir pour les victimes! Ainsi Jack ...»
Mais soudain une pensée lui vint: