L'atelier de la rue du Helder offrait donc un exquis spectacle quand, le jour du dîner, vers huit heures, Mareuil y pénétra.

Du haut en bas, les murs étaient tendus d'étoffes anglaises bleu-pâle—la couleur favorite d'Angèle—des longues bandes de légère soierie bleu-pâle qui se joignaient, s'ajustaient au plafond pour former un dôme mouvant et souple, au milieu duquel un lustre électrique se balançait, répandant sur le salon ses lueurs d'un jaune intense et doux.

Puis, tout autour de la pièce, des divans recouverts de la même soierie bleu-pâle, où les meilleures de la Jeune Génération, décolletées, gantées au delà du coude, les poignets serrés de bracelets scintillants, causaient avec des messieurs en frac,—privilégiés des clubs, de la littérature, du théâtre; et des massifs de fleurs, disposés çà et là, mêlaient, dans l'air, leurs parfums aux parfums personnels des dames.

Le Grand-Cob, très en beauté—gilet blanc, moustache retroussée au fer—s'élança à la rencontre de Mareuil:

—Mon petit, vous êtes fadé!... Place d'honneur, tout à fait!... A votre droite, Angèle; à votre gauche, Ninette Rabastens ... Une Lyonnaise premier choix. Tenez, celle qui s'adresse à Charleval!...

Il indiquait une grande fille en robe de satin mauve, une de ces belles personnes, à la taille roulante et ferme, au noble et sensuel profil de gallo-romaine, comme il en tourne, les soirs d'été, à Lyon, place Bellecour, sous les yeux aguichés des riches marchands de soie.

—Hein! Vous n'êtes pas à plaindre!

Et appelant Brévannes:

—Dites-moi, présentez donc Mareuil à Rabastens. Je n'ai pas le temps ... Vous serez bien aimable!...