—Oui, oui. Je comprends et je ne comprends pas!... D'ailleurs, vous savez, les théories sur l'amour ...
Et il vidait sa pipe, en la cognant au bras de son fauteuil, avec une grimace qui marquait bien sa répulsion pour cette sorte de généralisations incertaines et compliquées.
Mareuil repartit:
—Je croirais plutôt que vous ne comprenez pas ... Seulement, vous avez à travailler et je ...
Brévannes se gara vivement:
—Pas du tout!... J'ai le temps!... J'ai tout l'après-midi!... J'ai demain!... Allez, allez ... Exposez votre petit système!...
Mareuil protesta:
—Mais je n'ai pas de système!... Je pense tout bonnement que ce qu'on appelle l'amour, le sentiment, la faculté d'aimer c'est une force pareille aux autres—une force d'illusion, une façon de voir qui nous fait trouver délicieux des actes en eux-mêmes absolument bestiaux, visqueux et répugnants ... Je pense que cette force, on l'use plus ou moins vite, selon le tempérament qu'on a, selon les circonstances ... Lorsqu'on en est économe, lorsqu'on se ménage on aime longtemps, toujours ... Lorsqu'on se livre à des excès de sentiment, on se vanne, on s'épuise de cœur, exactement comme on s'épuise au physique. Et tenez, vous avez déjà remarqué—dans un ballet—des danseuses qui, sous les lampes électriques, sous les projections bleuâtres ou roses vous semblaient exquises, ravissantes ...
—Apologue? interrogea Brévannes d'une voix railleuse.