—Est-il rigolo, ce Grand Cob! déclara Henriette, au comble de l'enthousiasme.
On continua de discuter le cas de Mareuil. On parlait de ses sentiments passionnés, de son amour exclusif et vivace comme d'une anomalie surprenante et complexe, comme d'une maladie exotique ou disparue de nos climats.
Charleval y entrevoyait, à part lui, le sujet d'une pièce très drôle. Labernerie affirmait qu'on n'aimait plus, que l'amour tombait en désuétude, que les jeunes générations ignoraient sensément ces folies surannées. Madame Brévannes n'osait dire à quel point elle eût été satisfaite que son noble maître fût un tout petit peu atteint de ce ridicule mal-là. Quant à Brévannes, devant Henriette, il s'abstenait toujours de se prononcer avec précision sur les choses du sentiment par crainte de questions indiscrètes qui l'eussent amené, envers elle, à des actes de répression publics et pénibles pour les invités.
Bientôt le Grand Cob fut seul à soutenir le poids de la causerie, et légèrement gris, enhardi aussi par le silence des autres, il prodiguait à Mareuil les offres amicales, les conseils expérimentés.
—Ecoutez-moi, jeune homme, et vous vous en trouverez bien. Nous ferons ensemble des petites fêtes de premier ordre ... Allons, allons, Mareuil, un peu de sourire, mon ami!
Mais Gilbert ne répliquait pas, tâchant à grands efforts de cacher son agacement, tout meurtri par les phrases de ces gens, qui lui marchaient sur le cœur avec leurs mots maladroits comme des pieds lourds d'aveugles.
Enfin, le dîner se termina et l'on rentra au salon.
On n'y demeura que le temps de fumer un cigare, en buvant le café. Brévannes avait des épreuves à corriger; le Grand Cob désirait assister aux débuts d'une danseuse américaine aux Folies-Nouvelles; et Charleval s'était promis de surveiller la seconde du Rez-de-Chaussée d'Alfred, dont il augurait beaucoup de mal.
On quitta donc Mme Brévannes qui accepta ces adieux de bonne grâce, en femme accoutumée à l'abandon.