Autrefois, à la pensée de quitter Jacqueline, il lui semblait qu'un déclanchement jouait en lui, que son cœur allait tomber. Il se rappelait leurs premières journées d'amour, ses cris, ses soupirs, toute cette exquise ardeur dont il faudrait se priver. Puis il revoyait les matinées d'hiver brumeuses et froides, les sombres après-midi d'hiver qu'on égaie, qu'on illumine rien qu'à s'aimer, et il se représentait aussi les déchirants soupçons qu'il aurait, après s'être séparé d'elle, au crépuscule, à l'heure où l'intérieur des fiacres est obscur, à l'heure louche où il croyait qu'on se cache plus sûrement, tandis qu'on se dissimule de même partout, en toute saison, à toute heure. Il avait peur. Il n'osait plus rompre.

Maintenant, au contraire, à son grand étonnement, il s'accoutumait à envisager bravement, de face, ce qu'il ferait, si la culpabilité de Mme Hardouin, venait à être prouvée. Il souhaitait d'en être bientôt persuadé, que ce fût vite mené, vite fini, cette sale affaire!

Il eut pourtant un serrement de cœur, quand une huitaine de jours plus tard, un lundi matin, Brévannes entra chez lui, la figure enfouie dans le collet relevé de son paletot, le nez rouge, la voix tout enrouée.

Il était en proie à un fort rhume et s'en vanta:

—Non, vous n'avez pas idée de ce rhume! Comme me le disait ce matin la jeune personne, ma nuit n'a été qu'une toux ... Ah! si ce n'avait pas été pour vous, et dans des conditions exceptionnelles!... Dites donc, faites-moi donc verser quelque chose de chaud ...

On apporta un grog que Brévannes but lentement, s'arrêtant à chaque gorgée pour tousser. Mareuil s'impatientait. A la fin, il éclata:

—Eh bien!... Vous ne savez rien?

Brévannes s'essuya la moustache, et répliqua:

—Mon Dieu, si!... Tout ce que je puis vous dire, c'est qu'elle n'a pas bonne réputation, votre amie ...

—Quoi?... Elle a un amant?... Vous savez son nom?