—Comme Monsieur voudra! repartit le concierge en se rasseyant.
Mareuil sortit de la loge, franchit la porte cochère et demeura quelques instants immobile, les yeux vers le pavé, vers ce morceau de trottoir, vers cet endroit gris, où le lendemain, avec huit jours d'avance, s'arrêterait la voiture de Jack.
Que faire? Où aller?
Il songea soudainement adouci:
«Je vais prévenir Brévannes ... Il est sans doute au journal ou au cercle ... Dépêchons-nous ...»
Mais en route, un suprême accès de vanité le retint: «Suis-je bête!... Il sera toujours temps demain, si elle ne m'a pas écrit ...»—et il rentra chez lui.
Le jour suivant, Mareuil ne quitta pas son atelier, espérant un mot de Jack. Rien n'arriva. Le mercredi, vers le soir, il essaya de se promener, mais l'inquiétude, un restant d'espoir, le ramenèrent, au bout d'une heure, avenue de Villiers. Aucune lettre n'était arrivée. Le jeudi, le vendredi, le samedi furent pareils. Parfois, des affaissements l'abattaient, des vapeurs de tristesse l'étouffaient, et il lui semblait qu'il faisait tout sombre, au dedans de lui-même—une obscurité noire à en pleurer. Mais il se ressaisissait, soulevé par une sournoise gaieté, une gaieté de souffre-douleur chétif qui prépare un tour de vengeance contre l'oppresseur, et qui a du plaisir à subir les derniers outrages que lui infligera son bourreau—trouvant que cela devenait très comique, très curieux, que cela marchait, et que, dans deux ou trois jours, on rirait, ha! ha! on rirait bien plus encore. A table, même, souvent, il avait des éclats d'hilarité, des ricanements nerveux et brefs, qui alarmaient Mme Mareuil.
Enfin le mardi, comme il remontait dans son atelier, après déjeuner, il entendit qu'on grimpait derrière, et Joseph le rattrapant:
—Monsieur, monsieur, une dépêche!...