La première semaine, il avait beaucoup plu et on était, presque toute la journée, resté au château. Des visites, des lectures, de la musique. Assommante, cette première semaine! La seconde, voyons? La seconde?

La seconde?

Elle paraissait hésiter; et Mareuil eut ici l'impression que toutes ses forces se mettaient comme au guet, à l'affût des mensonges qui, sans doute, allaient passer.

La seconde semaine? Ah! un peu moins ennuyeuse. La pluie s'était calmée. On avait fait des excursions. On avait été déjeuner aux environs, se promener en break; et deux ou trois fois même, des petites sauteries s'étaient organisées le soir. On avait dansé, au piano, avec des châtelains du voisinage ... Voilà, autant qu'elle s'en souvenait, la seconde semaine—cette seconde semaine écoulée tout entière à Paris, et probablement dans les bras d'un monsieur qui n'était pas du tout son Gil!

A partir du moment où elle avait entrepris ce récit imaginaire des derniers jours, Mareuil avait éprouvé un triomphal sentiment de délivrance, car sa grande crainte c'était qu'elle ne dît la vérité, qu'elle ne s'en excusât par des prétextes invérifiables—et tout, alors, à recommencer, toute la bataille perdue, tous ces travaux de siège à refaire, à rétablir!

Mais non, elle avait menti, bien menti, et elle ne cessait pas de mentir. Il l'écoutait avec volupté, avec la sensation que c'était en mensonge ce qu'elle lui chantait là, comme certaines mélodies sont en clef de sol ou en do dièze d'un bout à l'autre; que c'était du mensonge tout cela, du vrai, de l'authentique—une molécule, une parcelle de cet immense mensonge qu'elle lui débitait depuis un an; et il aurait désiré qu'elle continuât longtemps, longtemps,—encore, encore un peu de mensonge ...

Pourtant, elle s'arrêta:

—Voilà!... Es-tu content?... Tu permets?... Je meurs de soif ... Toujours de notre Porto?

Elle s'était approchée d'un guéridon et se versait un petit verre du vin jaune, se montrant de dos à Mareuil, qui l'examinait d'un air de curiosité nouvelle, comme une personne bizarre et inconnue, inspectant son chapeau à ailes noires, l'ondulation des cheveux de sa nuque, sa taille souple et gracieuse sous la longue jaquette de loutre, sa jupe traînante en laine beige, toutes les parties composant cet être si charmant, qui avait menti, qui venait, à l'instant, de mentir plus vilement que jamais.

Elle se retourna avec prestesse, comme si elle avait senti ce regard près de la poignarder, et ses yeux fouillèrent dans ceux de Mareuil, ses yeux sur la défensive et sévères qui semblaient demander: