Mareuil se leva, dégoûté:
—Eh bien, cela va être gai! murmura-t-il. Cela va être frais, si c'est tous les jours ainsi!
Il saisit une large feuille de papier dans un cartonnier placé près de la fenêtre, et, s'asseyant en bonne lumière, il se mit à dessiner une tête de femme, au caprice du crayon, sans autre idée nette que de s'occuper, de fuir ce néant du rien-à-faire.
Mais, soudain, d'un geste furieux, il brisa contre le papier la pointe de son crayon qui vint frapper la vitre avec un bruit argentin.
Non! Il en avait assez, à la fin, de tracer des petites lignes, d'écraser du noir sur du blanc, de s'appliquer aux reliefs, de tenir compte de la perspective, de s'acharner à ce nez, à cette bouche, à ces yeux de femme—à ces attraits en mine de plomb, qui n'étaient rien, rien du tout, il le savait bien, lui Mareuil, auprès d'un vrai visage de femme tendu de peau vivante et parfumée.
Alors, il ouvrit un journal, et, du regard, courut à la recherche d'un écho, d'une annonce qui lui fournirait le moyen de terminer cette infernale après-midi.
Il lut que, ce jour-là, avait lieu la dernière réunion du Concours Hippique; et en même temps, il revit l'entassement de dames élégantes parmi les uniformes clairs et les fanfares de chasse, toute la brillante assemblée qui devait s'agiter, sous le soleil printanier, dans la grande nef sonore.
«C'est cela!... Je vais y aller», pensa-t-il.
Puis en rangeant ses objets de dessin, il s'avoua: «Si je trouvais là-bas, ce qu'il me faut!... C'est peu probable ... Mais qu'est-ce que je risque?... Et, dès le lendemain ... hé! ce ne serait pas ordinaire!»
Il s'habilla avec soin, comme autrefois aux jours des rendez-vous, et, vers quatre heures, il franchissait le tourniquet du Palais de l'Industrie.