—Quelquefois que je serais sa mère, à monsieur, et que j'aurais un fils de trente ans dans cet état-là, c'est moi qui m'en mêlerais de ses affaires!... Tenez, voilà le déjeuner ...

Joseph emporta le plateau, s'avançant sur la pointe des pieds, le plus légèrement qu'il pouvait, bien que son maître fût éveillé.

Mais il marchait ainsi par habitude, comme chaque matin, depuis deux ans que durait la liaison de Gilbert Mareuil avec Mme Hardouin et que le jeune homme avait donné des ordres formels pour que, pendant la matinée, on ne fît aucun bruit, on allât doucement, on ne pénétrât jamais chez lui avant qu'il n'eût sonné.

Il avait, ce jour-là, les yeux grands ouverts quand Joseph entra dans sa chambre, et, malgré l'ébouriffement de ses cheveux épais, ramenés en houppe par l'agitation du sommeil, et le désordre de sa moustache châtain-clair, qu'il portait de coutume bien frisée et un peu relevée des bouts,—on voyait qu'il y avait quelque temps déjà qu'il ne dormait plus.

Il demanda d'une voix lasse qu'il essayait de rendre calme, presque indifférente:

—Le courrier est arrivé?

—Oui, Monsieur ... Pas de lettres pour Monsieur ...

Le domestique ramassa les vêtements et sortit.

Mareuil s'était retourné, la figure enfoncée dans l'oreiller, gisant, inerte, pareil à un cadavre tombé face à terre, retenant les saccades de sa respiration, évitant les moindres mouvements, la main seulement collée contre la barrière des côtes où son cœur heurtait, gonflé, tout détraqué.