Ils firent côte à côte le chemin du retour. Roger conta à Ribermont l'heureuse intervention de sa mère. Ribermont, par distraction, sans doute, enregistra sans triompher.
Mais, au moment où l'on arrivait, M. Beaujoint fit appeler dans son cabinet le jeune Taillard.
—Fermez la porte, mon ami,—dit-il avec une aménité insolite.
Puis, se grattant familièrement le mollet sous son pantalon:
—Vous avez vu votre père?
—Non, monsieur!—répliqua Gégé, la voix aussi ferme qu'il pouvait.
—Il sort d'ici et pensait vous retrouver chez M. Capdemas auquel il voulait vous recommander. Enfin, peu importe! J'ai reçu aujourd'hui d'abord la visite de madame votre mère; ensuite, à peu d'intervalle, la visite de M. Taillard... Vous devinez, je suppose, la pensée d'affection qui les avait guidés vers moi... Ils voulaient, chacun de son côté, m'apprendre la situation particulièrement touchante et intéressante qui vous est créée par le malheur que vous savez... Je leur ai promis de ne vous ménager, dans la circonstance, ni mes soins, ni mon bon vouloir... Et, pour première preuve, sur la prière de votre père, j'ai consenti à lever votre retenue de dîner...
—Oh! monsieur... merci bien!—balbutia Roger, étourdi par cette succession de coups de théâtre.
—Mais n'allez pas prendre ma bienveillance pour de la faiblesse... Et même, dorénavant, mon jeune ami, si j'ai un conseil à vous donner, méfiez-vous d'un certain esprit caustique auquel vous n'auriez que trop de tendance!...