—Oui, c'est pour toi,—proclama-t-il en s'avançant.—Tu vas faire continuellement la navette entre ici et l'avenue d'Antin. J'ai voulu que tu aies une malle à toi, comme un homme!
Cette fois, la comparaison n'inquiéta pas Gégé. Il eut seulement un peu de honte en se rappelant la sorte de hâte qu'il éprouvait à quitter un grand-père si bon. Et cet embryon de remords s'accrut encore aux adieux du lendemain matin. M. Lecherrier, les lèvres molles, avait laissé éteindre sa pipe; Mme Taillard affectait un entrain visiblement factice. Gégé, très ému, leur fit promettre de venir le voir tous les jours chez M. Beaujoint; et, comme prévoyant l'objection:
—Je n'aurai qu'à dire à papa que vous venez à l'heure du goûter.
Devant ce gentil trait de sens pratique, M. Lecherrier et sa fille échangèrent un regard d'admiration.
—Tu es un ange!—déclara Mme Taillard en étreignant Roger tout fier de son succès.
C'était pour lui une manière d'absolution. Et il avait complètement oublié ses torts, quand, vers sept heures du soir, il parvint avenue d'Antin. La malle, venue par une autre voie, arrivait aussi. Mais Roger fut le premier en haut:
—Qu'est-ce que c'est que cette malle?—questionna dédaigneusement Taillard, qui du balcon l'avait aperçue.
—C'est ma nouvelle malle!—fit délibérément Gégé.
A cette explication, Taillard s'était un peu rembruni, comme chez Voisin, l'autre semaine, à l'occasion de la chambre bleue. Ç'avait été dans ses yeux le même nuage d'ombre, aussitôt chassé par la même étincelle narquoise.