—Sois tranquille!—assurait Roger. ... J'ai pas envie de tomber malade, moi. Merci bien!

Le soir de son retour avenue Marceau, quoiqu'il fût sincèrement joyeux de rejoindre sa mère et son grand-père, il exagéra à dessein. Il sautait sur les canapés, sur les fauteuils, en criant:

—Ce que je suis content! Ce que je suis content!...

Mais tout l'effet de cette manifestation croula quand Gégé narra l'emploi de l'après-midi.

Taillard, le matin, avait informé son fils que ces emballages perpétuels lui semblaient oiseux, cette grosse malle encombrante et superflue: une double garde-robe serait bien plus pratique.

Et, là-dessus, après un mot d'excuse à M. Beaujoint, on avait passé la journée chez les fournisseurs, chez le chemisier de Taillard, chez son tailleur, chez son bottier. Tout une garniture de lingerie chez le premier, trois costumes et deux pardessus chez le second, quatre paires de souliers divers chez le troisième,—jusqu'au soir, les commandes s'étaient accumulées sans trêve.

—Il te faut un trousseau complet!—affirmait Taillard à chaque acquisition nouvelle.

Le «trousseau complet»! Qui, dans l'enfance, n'a souhaité un instant d'être pensionnaire, rien que pour posséder ce que les catalogues appellent un «trousseau complet»? Et Gégé ne pouvait se rappeler ces événements sensationnels sans un regain d'exaltation.

Malgré lui, il omit la réserve adoptée. Il entra dans des détails minutieux, vanta la forme des vestons, la couleur des étoffes, ne fit grâce de rien. Il n'en voyait même plus les coups d'œils sévères dont M. Lecherrier marquait chacune de ses phrases.

—C'est bon, mon petit!—dit celui-ci glacialement, quand Roger eut achevé. ... Maintenant laisse-nous... Ta mère et moi nous avons à causer.