Gégé, dans l'obscurité, appuyé sur les coudes, écoutait de tout son être. Un moment, il crut percevoir des sanglots. Mais la porte presque jointe ne laissait échapper que des bruits confus.

Il retomba sur son traversin. Un peu de sueur lui mouillait les tempes. Quelle torture! Quelle honte! Quelles minutes terribles!... Et, la semaine suivante, avec son père, il faudrait encore inventer d'autres mensonges, passer par les mêmes transes, subir les mêmes questions. Dans ces conditions, Gégé commençait à trouver que les douceurs du divorce se payaient bien cher.

Jamais il n'avait éprouvé pour lui-même un pareil dégoût. A plat ventre, la figure contre son oreiller, il chuchotait désespérément:

—Ah! c'est du propre! Ah! c'est du beau!...

Et, par-dessus le marché, personne à qui se confier. Pas même Ribermont qui, dans les derniers temps, par son cynisme, avait perdu aux yeux de Roger toute espèce de prestige moral. Personne!

Mais soudain, dans ce noir abandon, un nom jaillit comme une lueur de sauvetage: l'abbé Moussoir.

C'était un vieil ecclésiastique cévenol qui remplissait chez M. Beaujoint des fonctions analogues à celles d'aumônier. Un peu aigri par sa carrière sans éclat, impitoyable au catéchisme, pourtant, à certains mots, à certains regards attendris sous ses gros sourcils de laine grise, on le devinait capable de bonté. Pourquoi ne pas s'adresser à lui? La semonce serait sévère, mais le conseil prompt et direct.

Gégé, seulement, se donnait jusqu'à la fin de la semaine pour essayer de sortir sans aide de ses mensonges. Passé ce délai, l'abbé saurait tout.

Cette perspective d'un refuge possible dans le désastre lui rendit du calme. A côté, la lumière s'était éteinte, rien ne bougeait plus. Gégé, exténué, s'endormit progressivement.