Il corroborait ce tutoiement d'une tendre pression de la main. Lucie retira pudiquement ses doigts; mais, comme il n'insistait pas, tout en parlant, peu à peu, d'elle-même, elle ramena sa main dans la main de Jacques. Au bout d'un instant, d'ailleurs, abdiquant toute grandeur tragique, elle s'était remise d'instinct à le tutoyer aussi. Et l'on s'occupa rapidement de régler l'avenir. D'abord, on n'habiterait plus avenue d'Antin, où planaient trop de mauvais souvenirs. On louerait autre part; et, en attendant que le logis fût prêt, on irait avec Gégé s'installer une pièce de deux mois à Courteuil, histoire de refaire connaissance et de se pardonner dans l'intimité ses petits méfaits respectifs.

Puis, alors, n'ayant plus rien à se dire ils passèrent naturellement du silence aux baisers. Dans l'ombre du fiacre qui allait au pas, Lucie avait la malicieuse impression qu'un amant nouveau la pressait dans ses bras, et Jacques, partageant sans doute l'illusion, faisait tout ce qu'il fallait pour la fortifier. Néanmoins, durant une pause, il demanda la permission de consulter sa montre, et, grattant une allumette:

—Bon sang!—dit-il.—Sept heures moins le quart!... J'ai raté mon train.

—Pauvre chou!—s'écria Lucie distraitement.—Où vas-tu dîner?

—Dans un cabaret quelconque...

—Viens donc plutôt dîner à la maison chez papa.

Jacques la considéra, stupéfait:

—Non?

—Oh! puisque tôt ou tard, il faudra le mettre au courant, pourquoi pas ce soir?

—Tu crois? C'est peut-être une idée...