Et le jeudi matin survint, que M. Raindal n'avait pas trahi le mystère de son rendez-vous.
Il éprouva donc un certain malaise, en voyant, vers neuf heures, Thérèse qui pénétrait dans le cabinet de travail. Quelle malchance! Juste au moment où il était occupé à empaqueter des livres pour Mme Chambannes! Il fit cependant bonne figure:
—Tiens, te voilà fillette! s'écriait-il gaiement.
Elle se laissa embrasser, puis amenant deux des gros volumes entassés sur la table:
—Qu'est-ce que cela, père?... Maspero!... Ebers!... Ah ça! tu te mets à prêter des livres, à présent?...
—Non! déclara M. Raindal, qui se raidissait contre l'inquiétude. Ce sont des ouvrages que je vais envoyer tantôt chez Mme Chambannes.
—Chez Mme Chambannes! répéta Thérèse d'un ton stupéfait.
—Mon Dieu, oui...
Et il raconta, trait pour trait, les épisodes du lundi, hormis toutefois la décisive apparition de l'oncle Cyprien.
Thérèse l'écoutait en silence. Lorsqu'il eut achevé, elle redressa la tête. Ses lèvres minces rentraient en une plissure railleuse. De la colère semblait s'amonceler sous l'épais froncement de ses sourcils.