M. Raindal promit. Zozé l'accompagna ainsi que Germaine jusqu'à la porte du salon.

Ils descendirent ensemble, et dehors ils se séparèrent après une poignée de main. Mme de Marquesse lui avait secoué le bras si fort qu'il en ressentait une sorte de crampe à l'épaule. Il consulta sa montre près d'un bec de gaz. L'aiguille marquait sept heures moins le quart.

—Sapristi! murmura-t-il effaré.

Et il appela encore un fiacre.


A dîner, par bravade de peur, pour devancer les ironies ou les questions, il affecta une joviale loquacité.

Il narrait sa visite sur un ton de désinvolture, comme une séance de l'Institut, une leçon au Collège de France. Il multipliait les détails, décrivait la toilette des dames, et il imita même l'accent méridional de l'abbé.

Thérèse, de son côté, feignait de s'intéresser, donnait avec bonne grâce la réplique et semblait avoir oublié la querelle du matin.

Quant à Mme Raindal, elle se taisait. Pourquoi protester, pourquoi vouloir détourner son mari de ce commerce funeste avec des personnes sans foi? Ne le savait-elle pas irréparablement damné, déjà voué pour son athéisme aux tortures éternelles? En plus, le souvenir de la colère du maître, un peu avant le dîner Chambannes, demeurait vivace dans son esprit, et la bâillonnait de sagesse.

Elle ne se permit un froncement de sourcils que lorsque M. Raindal parodia l'abbé, et sa mine affligée fit tellement rire Mlle Raindal que le maître en conçut des soupçons sur la bonhomie de sa fille.