—Tu as fort bien fait, fillette! affirma M. Raindal autant pour se concilier Thérèse que par une manie qu'il avait de louanger ses inférieurs... M. Bœrzell est un jeune homme d'un rare avenir... Tout le monde, à l'Académie, le tient en haute estime... Et pas plus tard qu'hier, qui donc me disait à son sujet...?

—Mais toi-même, mon oncle, interrompit Thérèse, à mon tour de t'interroger! Peux-tu me dire un peu ce que tu fais ici, en semaine, un mercredi, à l'heure sacrée de l'apéritif?...

—D'abord, objecta M. Raindal cadet, il n'est que cinq heures et demie... L'apéritif dure normalement jusqu'à sept heures et demie... Il me reste donc devant moi, mademoiselle, deux bonnes grandes heures, s'il vous plaît... Maintenant, pourquoi je suis ici? Hé! cela t'intrigue, mon neveu!... Pour demander à ton père de me mener chez Mme Chambannes...

Thérèse se mordit les lèvres, où montait un sourire.

—Oui, reprit l'oncle Cyprien, en frottant son crâne ras. Une idée que j'ai eue comme ça, une curiosité....

—Et je disais à ton oncle, continua vivement M. Raindal, sans regarder Thérèse, que j'étais tout disposé à l'y mener le jour où il voudrait...

—Pourquoi pas demain jeudi? fit l'oncle Cyprien.

M. Raindal poussait un soupir qu'il déguisa en ricanement:

—Hé! hé! demain, c'est un peu tôt... Il faut bien que j'aie le temps de prévenir Mme Chambannes... D'autant plus qu'hier soir son mari est parti en voyage...

—Ah!... En voyage!... Et où cela? fit l'oncle Cyprien.