Il ne se calma que sur un regard sévère de Thérèse qui le rappelait à ses engagements.
—Je ris, déclara-t-il, je ris parce que... tu comprends...
Puis, renonçant à s'expliquer:
—Je ris sans méchanceté... Et tu peux compter que si je me rencontre avec l'abbé Tour... Tour quoi?—baste! peu importe!—je serai très convenable... des plus convenables... Va, écris, mon ami!...
Thérèse était à bout de forces. Le fou rire la gagnait. Elle sortit sous prétexte de chercher une brochure, et, arrivée à sa chambrette, elle se laissa choir dans son fauteuil en s'esclaffant.
—Ce malheureux papa!... Quelle tête piteuse! Et l'oncle, qui veut en être aussi maintenant!... Ah! la vie est bien drôle!
Elle se sentait d'humeur à plaisanter, à trouver tout cocasse, grotesque, et au fond elle avait l'impression d'être enfin guérie, délivrée de sa crise. Spontanément elle éprouva un élan de gratitude pour Bœrzell. Le brave garçon, n'était-ce pas à lui qu'elle devait un peu ce miracle? Ne l'avait-il pas consolée, distraite, comme un enfant qui pleure, avec le miroitement de sa thèse conjugale, la bizarrerie de ses discours, la chaleur tenace de sa voix? Sans lui, sans ce comique raisonnable qui émanait de sa personne, et survivait à leur causerie, ne serait-elle pas encore à se débattre sérieusement contre la fièvre du mal, à s'épuiser dans le grave cauchemar de ses désirs inassouvis? Aurait-elle même pu s'amuser des ambitions mondaines de l'oncle, ou de sa malice sournoise, ou de quoi que ce fût? Pauvre Bœrzell! Jamais elle ne parviendrait à l'exaucer, à surmonter la répulsion que lui suggérait cette figure de vieux collégien à barbe. Mais qui sait s'il ne l'aiderait pas aux moments de détresse, s'il ne deviendrait pas un ami, un camarade fidèle qui ferait sa solitude moins morne, moins abandonnée?
Elle marchait à travers la pièce, en s'exaltant à ces espoirs, et Brigitte dut frapper deux fois pour lui annoncer que l'on servait.