—Je ne sais pas, celui que vous voudrez!... Vite, seulement, vite, vite...

—Madame désire-t-elle une voiture?

—Oui, c'est cela, une voiture fermée... ou plutôt, non!... Pas de voiture!... Dépêchez-vous...

Une hâte belliqueuse l'activait. Il fallait être prête à l'heure; et elle courait à cette suprême torture de surprendre les coupables comme à un plaisir sans pareil, les narines palpitantes, un petit sourire sauvage aux lèvres, et les yeux brillants de convoitise.

A onze heures moins le quart, elle fut dehors. Elle suivit à pied la rue de Prony et traversa le parc Monceau. Un jardinier enlevait aux arbres rares de l'entrée leur étroite pelisse de paille. Les feuillages débutants espaçaient leurs masses ajourées, d'un vert encore tout pâle; et des parfums nouveaux roulaient avec douceur dans la brise. Cette allégresse des éléments attrista Zozé par contraste. Elle avait ouvert son ombrelle, car le soleil était déjà chaud; et en marchant elle exhalait de longs murmures de regret comme si elle n'eût plus dû revoir jamais ces gracieuses pelouses ni aspirer cet air embaumé.

Mais elle se raidit d'un effort contre l'amollissement de la rêverie; et, hélant un fiacre fermé qui passait:

—Faites attention! commanda-t-elle au cocher... Nous allons rue Godot-de-Mauroi... Quand je frapperai à la vitre, vous arrêterez... Vous ne bougerez plus... Vous resterez sur votre siège et vous attendrez... Si je frappe deux fois, vous repartirez au pas... Si je frappe trois fois, au trot... Est-ce compris?

—Oui, madame! fit paternellement le cocher, un gros moustachu qu'amusaient ce mystère et ce ton de jeune capitaine.

—Alors, allez! Bon pourboire!...

La voiture s'engagea dans la descente de l'avenue de Messine.