Il y eut un silence. M. Raindal cadet amorçait gravement son cigare, dont il n'avait pas osé rompre la bague en papier rouge et or. Il se sentait au surplus ému par le majestueux aspect de la salle à manger. Les plafonds en étaient surélevés comme dans une galerie de musée, les fenêtres immenses. Sur tous les murs, de vieilles tapisseries étendaient leurs peintures mourantes que rehaussaient, par intervalles, d'antiques appliques en cuivre ciselé. Et M. de Meuze lui-même, malgré son veston beige et sa grosse pipe d'écume, participait de cette atmosphère d'élégance grandiose qu'épandaient dans la pièce les objets d'alentour.

—Eh bien, monsieur Raindal! fit-il en poussant une bouffée... Quoi de neuf?

—Peuh! monsieur le marquis! répliquait l'oncle Cyprien embarrassé... Pas grand'chose!...

M. de Meuze le fixa de son perçant petit œil vert.

—Je parierais que vous venez me parler affaires...

L'oncle Cyprien eut une moue qui ne niait point.

—Ha! ha! s'écria victorieusement le marquis... Qu'est-ce que je vous disais?... Je sens ça tout de suite, moi... Je n'ai qu'un œil, mais qui voit pour deux...

Il lissait d'une coquette caresse les panaches blancs de ses favoris et, s'avançant vers la fenêtre, il souleva le rideau.

—Tenez! avouez que pour un entresol, j'ai une jolie vue... En plein sur la maison de nos maîtres...

Par les carreaux à treillages blancs, on apercevait la place du Palais-Bourbon, et, devant la porte séculaire, un petit lignard qui, l'arme au pied, rêvait auprès de sa guérite.