Il s'assit sur une chaise, face aux voitures qui dévalaient parmi la splendeur de l'avenue. Une joie d'espérance dilatait tout son être. Quelle douceur c'eût été de s'en ouvrir à quelqu'un! Quel dommage que ce Schleifmann fût un caractère aussi intraitable! Et de nouveau M. Raindal cadet se laissa emporter contre lui aux réflexions les plus amères...


Le lendemain, à la banque de Galicie, sitôt sa carte remise, il fut reçu, sans attente.

M. Pums, dès les premiers mots, protesta de sa sympathie. Le titre d'ami de M. de Meuze et de frère de M. Raindal était à ses yeux une double et trop puissante recommandation pour qu'il ne se sentît pas tout disposé...

—A propos, monsieur, s'écria l'oncle Cyprien, je vous serais obligé de ne pas parler à mon frère de ma visite... Il pourrait peut-être s'en alarmer, s'imaginer que je suis pris par la passion du jeu et autres balivernes... Je préfère donc...

—Inutile d'insister, monsieur, déclara Pums... La discrétion est de règle en affaires... De plus, il suffit que vous m'en priiez...

Il expliqua à l'oncle Cyprien le mécanisme de l'agio. Il l'aboucherait avec un agent de change, M. Talloire, l'agent de la banque, du marquis, d'une foule d'autres personnes ou établissements respectables. M. Talloire ouvrirait un compte à M. Raindal cadet et il ne resterait plus qu'à indiquer les ordres.

—Ouais! ouais! ripostait l'oncle Cyprien, en clignant les paupières... Et il faudra que j'aille chez ce M. Talloire moi-même?... C'est bien désagréable!...

M. Pums esquissa un cordial sourire:

—Oh! ce n'est pas indispensable... Nous pouvons, si vous le souhaitez, nous charger de transmettre vos ordres à M. Talloire par le moyen que voici...