Il eut donc un sursaut d'émoi, quand, le 29 au matin, comme il partait pour la brasserie, la concierge lui remit une enveloppe jaune, avec l'en-tête de la maison Talloire.
Que contenait-elle, cette grande lettre? Et s'il avait mal calculé? Si, au lieu des gains attendus, c'était une perte qu'elle annonçait?
Il revint sur ses pas, et, à l'abri de la porte cochère, il décacheta l'enveloppe. Elle renfermait une feuille de papier zébrée de colonnes, de chiffres, de mots abrégés, dont le tremblement de sa main augmentait encore le chaos. Deux termes de commerce y émergeaient du reste: à gauche, Doit, à droite, Avoir. Et au-dessus on lisait: M. Cyprien Raindal. Son compte en liquidation du 30 avril chez M. Talloire, agent de change, 96, rue de Choiseul.
—Hum! Du sang-froid! Est-ce que je gagne ou est-ce que je perds? murmura l'oncle pendant que son regard voletait à travers la feuille.
Enfin il remarqua dans un coin du papier un petit amas de chiffres, avec au total cette mention: Créditeur: 2700 francs.
—Deux mille sept cents francs! proféra-t-il, le cœur cognant contre ses côtes... Deux mille sept cents francs de bénéfice!... Il y a sûrement erreur... Et pourtant je ne me trompe pas: qui reçoit, doit; qui doit, reçoit... Je suis créditeur... Je gagne!...
Mais, en dépit de cette certitude, un doute grouillait dans sa poitrine. Il eût voulu sur-le-champ s'en délivrer, savoir, et la peur d'importuner l'agent était seule à le retenir de s'élancer rue de Choiseul. Le conseil du marquis surgit à point dans sa détresse: «Embêtez Pums plutôt dix fois qu'une!» La solution s'imposait, d'autant que Pums lui-même s'y était par avance offert. L'oncle Cyprien sauta dans un fiacre.
Tout le long du trajet, afin de raffermir sa foi, il se redisait en cadence:
—Qui reçoit doit!... Qui doit reçoit!...
Cet axiome, néanmoins, ne le rassurait qu'à demi; et il fallut l'accueil jovial de Pums pour lui rendre la sérénité.