—Pas tant de manières! fit affectueusement M. Raindal cadet... Reprenez-la vite... Puisque je vous jure que je ne joue plus!...
—Le Seigneur soit loué, si vous dites vrai! murmura Schleifmann en rallumant sa pipe.
La causerie redevint amicale. De temps à autre, Schleifmann, dans une bouffée, exhalait: «Délicieuse!... Colossale!...» L'oncle Cyprien, le jugeant conquis, proféra d'une voix négligente:
—Ah! au fait, pendant que j'y songe... Vous vous doutez qu'à cause de cette petite affaire, je dois une politesse au marquis de Meuze... Cela vous déplairait-il de déjeuner au restaurant avec lui?...
—Entre nous, je n'y tiens pas! grommela le Galicien après une pause.
—Pourquoi?... Oh! je devine... Les opinions du marquis!... S'il n'y a que ça pour vous déplaire!... D'abord, soyez tranquille... Je l'ai déjà prévenu que vous étiez un bon juif...
—N'employez donc pas cette expression, mon ami! fit Schleifmann d'un ton énervé... Ne vous ai-je pas appris qu'il n'y a pas de mauvais juifs?... A peine pourrait-on dire qu'il y a des juifs dégénérés...
—Et puis, poursuivait l'oncle Cyprien, de ce côté-là, il m'a paru joliment calmé, le marquis!... Si vous saviez tout le bien qu'il m'a conté de certains de vos coreligionnaires!...
—De deux choses l'une, fit sèchement Schleifmann, ou il se moquait de vous, ou c'est un mauvais catholique...
—Lui! Il adore les curés!...