—C'est cela, pleurez, calmez-vous les nerfs! exhortait Mme Chambannes.

Mais cette sollicitude vulgaire exaspéra Thérèse. D'un coup, se maîtrisant, elle s'était redressée, et, devant l'armoire à glace, elle commença rageusement à refaire sa toilette.

Elle esquivait dans le miroir les yeux de sa mère, de Mme Chambannes, et une colère croissante lui activait les doigts. Oh! oui, on pouvait la regarder! Elle avait bien l'allure, la mine d'une femme qui vient de défaillir! Un homme l'eût ainsi dévêtue, froissée, qu'elle ne se fût pas relevée plus en désordre et plus égarée. Ses prunelles étaient agrandies d'éclat, ses paupières meurtries d'une ombre brune comme après une nuit d'insomnie. La sueur avait posé des teintes huileuses sur les ailes de son nez et tracé des raies grasses à travers la poudre de ses joues. La touffe d'œillets était tombée, formant dans ses cheveux, au-dessus du front, une alvéole profonde, une sorte de blessure aux bords noirs. Et les agrafes du corsage mal ajustées, dans sa hâte, faisaient bâiller la gaze autour de ses seins comme une corde transparente et lâche.

—Pauvre mademoiselle! se risqua à murmurer Mme Chambannes... Vous sentez-vous mieux?

Thérèse riposta froidement.

—Beaucoup mieux, madame, je vous remercie.

Puis s'adressant à sa mère, elle interrogea d'une voix qui commandait:

—Nous partons, maman?

—Comme tu voudras, ma fille! répliqua Mme Raindal.

Elles gagnèrent l'antichambre où ces messieurs les attendaient.