La présentation se fit aux courses d'Auteuil, un jeudi tranquille, dans une intime réunion de printemps. Elle fut décisive.
Tandis que Georges, par orgueil ou par passion de joueur, les laissait ensemble, s'éloignait pour vaquer à l'œuvre de ses paris, Gérald partout accompagnait Mme Chambannes, ne quittait point ses pas.
Il la promena devant les tribunes, l'escorta au paddock, s'égara avec elle derrière les bâtiments, sur les pelouses que le public désertait à l'instant des épreuves.
De larges odeurs de gazon coupé, moites et âpres comme la brise de mer, pénétraient leur poitrine. Mme Chambannes balbutiait de bonheur. Une extase nouvelle faisait palpiter ses seins sous le foulard léger de son corsage. Elle allait la tête basse, suivant des yeux la pointe de ses souliers vernis qui luisaient en glissant dans l'herbe. Enfin, il était venu, l'amant tant souhaité! Elle le tenait enfin! Nul n'aurait pu l'en dissuader. Elle riait d'un rire nerveux à toutes les remarques de Gérald, pensant lui répliquer quand elle le regardait, se sentant devenir comme folle; et le manche de son ombrelle safran tremblait au creux de son épaule.
Ah! quelle n'eût pas été l'ivresse de la petite Mouzarkhi, si elle avait perçu ce qui se disait d'elle parmi les amis du jeune comte, dans la sévère tribune du club!
On s'y demandait avec des clins d'œil égrillards ce que c'était que cette jolie petite femme à laquelle s'acharnait Gérald. Personne ne pouvait répondre. Une fille? Non. Une petite pays-chaud sans doute, que cette canaille de Meuze se payait de chauffer davantage, histoire de taquiner un peu la baronne... parfaitement... la baronne Mussan, avec qui on avait rompu, vous ne saviez pas? il y a bien de ça quinze jours tout au plus... C'est égal, une crânement jolie petite créature!
Et dans la tribune des dames, le succès de Zozé n'était pas moindre.
Certes ces dames ne lui épargnaient pas ce ton de mépris paisible qu'elles emploient indifféremment pour juger toutes les femmes étrangères à leur caste: filles, actrices, ou simples bourgeoises. Pourtant, au dédain près, leur verdict était favorable. Elles trouvaient l'inconnue gentille, sa toilette d'une coupe seyante et ce Gérald, un garçon de goût. Plusieurs, malicieusement, s'enquirent du nom de Zozé auprès de la baronne qui, par contenance, joignit ses éloges aux leurs.
Mais de ce triomphe exceptionnel, Mme Chambannes ne distinguait rien. Puis, comment l'eût-elle discerné? Voyait-elle dans cette foule autre chose que Gérald, son époux, son amant prochain? Et elle s'avançait le regard insaisissable, comme une heureuse fiancée qui marche vers l'autel.
Elle y atteignait presque quand les courses finirent. Gérald la suppliait, la pressait en maître déjà! Il eût désiré la revoir, l'avoir, le lendemain même. Elle se remémorait la voix ardente, dont au départ, dans la cohue, à portée de Georges, il osait murmurer: