Mais les aveux de Schleifmann le mettaient en appétit, et, d'une intonation négligente, la bouche à dessein remplie de nourriture, il insinua:

—Vous parliez tout à l'heure d'une liste, il me semble, des convives qui seraient chez cette dame...

—Ouais! Ouais! fit évasivement Schleifmann.

—Eh bien, qui était-ce? interrogea de même l'oncle Cyprien.

Le Galicien équivoqua:

—Je ne me rappelle plus au juste!... Non, je vous assure... J'ai oublié!

—Allons donc, Schleifmann! Cherchez, tâchez de retrouver... Qu'est-ce qui nous presse?

La tentation était trop forte. Manquer cette occasion de contenter ses rancunes, renoncer à flageller toute cette clique incrédule qui l'avait méconnu jadis, non, Schleifmann, à la fin, ne s'en sentait plus le pouvoir. Et doucement, par gouttelettes légères, il commença d'abord à lancer son venin contre les moins haïs:

—Eh bien, soit! disait-il... Cherchons!... Il y aura là-bas M. Givonne, un peintre qui peint des éventails ou des tambours de basque pour les bals de la haute société et qui vend tout ce qu'il veut sur le marché américain... Hum!... M. Mazuccio, un petit sculpteur italien qui passe son temps à raconter comment sont faites, en dessous, les femmes dont il a sculpté le buste...

—Joli monde! encouragea l'oncle Cyprien.