—Oui… le corps de l'homme assassiné a été trouvé, vers cinq heures du matin, par des maraîchers qui conduisaient leurs charrettes aux Halles.

—Dans quel quartier? demanda vivement Cormier.

—Charles ne me le dit pas. Je suppose que c'est près d'une des barrières de Paris… sur le chemin des voitures qui viennent de la banlieue?… quelle banlieue?… je l'ignore et ça m'est égal… à toi aussi, je suppose.

—Oh! complètement égal, s'empressa de répondre Cormier qui ne disait pas ce qu'il pensait, car cet exposé incomplet commençait à l'inquiéter sérieusement.

—L'important, c'est que l'affaire profite à l'avancement de Charles et je suis sûr qu'il l'éclaircira, quoiqu'elle soit, paraît-il, très mystérieuse. Mais en voilà assez là-dessus… Expose-moi la tienne… De quoi s'agit-il?

Paul n'était pas pressé de s'expliquer. Avant ce dialogue où le vieil avocat avait eu la parole presque tout le temps, il ne se serait pas fait prier. Il aurait abordé tout droit la question et il n'aurait pas été embarrassé pour la présenter de façon à ne pas éveiller l'attention de cet excellent Bardin. Maintenant, il ne savait plus comment s'y prendre, car il entrevoyait que le beau crime sur lequel le bonhomme fondait l'espoir de la fortune judiciaire de son fils pouvait bien n'être que le meurtre du marquis.

Consulter le père du juge d'instruction, c'était pour ainsi dire, se jeter dans la gueule du loup.

Il fallait pourtant parler, sans quoi Bardin se serait figuré que Paul avait voulu le mystifier et il aurait mal pris la chose.

L'ami de Jean de Mirande espéra s'en tirer en se tenant dans les généralités d'une consultation vague.

—Voici, dit-il, en cherchant à prendre un ton dégagé. Un de mes camarades s'est trouvé fourré dans une bagarre où on s'est fortement cogné. On a échangé des horions…