—Et après… quand il y a eu un mort et des blessés, tout le monde s'est sauvé… tous ceux qui ont pu, s'entend.

—C'est à peu près cela. On n'a arrêté personne. Et je venais vous consulter, cher monsieur.

—Sur quoi!… ce cas ne me paraît pas rentrer dans ma spécialité.

—Mais, si… puisqu'il s'agit de faits qui pourraient donner lieu à des poursuites.

—Au lieu d'employer le conditionnel, tu devrais dire: qui donneront lieu. Il y a eu mort d'homme. L'affaire ne peut pas en rester là. Mon fils, depuis qu'il est juge, en a instruit vingt de la même catégorie. Elles ne sont pas très graves, mais elles aboutissent toujours à des mois ou à des années de prison. Ton doux ami peut s'attendre à en goûter, s'il est pris.

—Il ne l'est pas, jusqu'à présent… et c'est précisément sur ce point que je voudrais avoir votre avis. Doit-il se présenter chez le commissaire du quartier et lui raconter, pour sa justification, comment cette querelle s'est engagée… ou bien laisser la police chercher les coupables?…

—C'est sérieusement que me tu poses cette question?

—Mais, oui. C'est un cas de conscience que je vous soumets.

—Va te promener avec ton cas de conscience et médite sur le fameux mot du président de Harlay: «Si on m'accusait d'avoir volé les cloches de Notre-Dame, je commencerais par me mettre à l'abri…»

—Vous ne conseillez pas à mon ami de se sauver à l'étranger, je suppose?