Paul se dirigea donc vers le boulevard Saint-Michel et le remonta jusqu'à la rue de Médicis, sans apercevoir Mirande.

Il inspecta ensuite les cafés de la rue Soufflot et il ne l'aperçut pas davantage.

Seulement, au coin de la place du Panthéon, il rencontra les trois étudiants qui avaient assisté au duel et il crut remarquer qu'ils cherchaient à l'éviter. Mais il les aborda et il commença par les malmener à propos de leur conduite après l'affaire. Ils le laissèrent dire et il ne tarda guère à constater que la peur qui les avait pris au moment où le marquis était tombé les tenait encore. Ils le supplièrent en chœur de parler moins haut et ils lui apprirent, en baissant la voix, que le bruit courait déjà, au quartier latin, que la querelle engagée à la Closerie avait fini tragiquement. On avait vu des agents de la police secrète rôder sur le Boul'Mich et les trois témoins s'étaient juré de ne rien dire de leur aventure nocturne, à personne, pas même à leurs étudiantes.

Paul les aurait voulus un peu plus crânes, mais il leur conseilla de persister à se taire et il leur demanda s'ils avaient rencontré Mirande.

Ils répondirent que, depuis le duel, Mirande n'avait paru nulle part et que sans doute il se cachait.

Sur quoi, Paul Cormier, voyant bien qu'il ne tirerait rien de ces jeunes effrayés, les planta là et se remit en quête.

Il y passa deux heures sans plus de succès et il en arriva peu à peu à s'inquiéter sérieusement de cette disparition subite d'un garçon que d'ordinaire on voyait partout.

Impossible de supposer que l'insouciant Mirande, pris tout à coup d'un remords, s'était enfui à la Trappe ou à la Grande-Chartreuse pour y faire pénitence. Il était bien plutôt capable de s'être enfermé chez quelque farceuse du quartier, Maria l'apprentie sage-femme ou Véra la nihiliste, ses deux préférées.

Et Paul ne se sentait pas d'humeur à aller le relancer chez ces dames.

Il avait fait de son mieux et à l'impossible nul n'est tenu.