Après le Grand-Prix, on n'y voit plus personne, mais au mois de mai, avant et après l'heure du dîner, ce ne sont que fumeurs accoudés sur la balustrade, et on y échange de joyeux propos, agrémentés de quelques médisances.
Le lendemain du jour où Paul Cormier s'était fourvoyé dans le cabinet du juge d'instruction, les gentilshommes qui l'avaient rencontré, le dimanche soir, à la Closerie des Lilas, s'étaient établis sur le balcon de leur club pour causer au frais.
Ils étaient trois, comme les Mousquetaires d'Alexandre Dumas, trois inséparables, le vicomte de Servon, le comte de Carolles et le capitaine Henri de Baffé; tous les trois bien posés, bien apparentés et suffisamment riches pour faire bonne figure à Paris.
Ils ne devisaient pas de faits de guerre et d'amour, comme La Môle et Coconnas dans un autre roman du même Dumas; ils parlaient du Derby anglais qu'on venait de courir à Epsom, des derniers vainqueurs de Chantilly et de la grosse partie où Servon ne faisait que perdre tous les soirs.
Cette causerie à bâtons rompus avait l'air de les intéresser, car elle ne languissait pas, mais au fond ils s'ennuyaient ferme et chacun d'eux se demandait à part soi ce qu'il allait faire de sa soirée quand il aurait dîné au club.
Grave question à résoudre et en attendant qu'elle fût tranchée, ils baillaient à qui mieux mieux.
—Décidément, Paris est assommant, dit M. de Carolles; toujours le
Cirque et le Jardin de Paris… Jamais rien de neuf…
—Il vous faut du nouveau, interrompit le vicomte de Servon; je vais vous en servir. Écoutez ce qui m'advint hier et dites-moi s'il vous est jamais rien arrivé de pareil. Moi, c'est la première fois de ma vie que je vois ça.
—Quoi donc? demandèrent à la fois les deux amis du vicomte.
—Un monsieur qui a gagné huit mille francs au baccarat et qui refuse de les recevoir.