—Assez rond… c'est vrai… Je l'ai laissé à Monte-Carlo.
—Vous êtes joueur, vous!… ah! parbleu, c'est trop fort… après avoir vu où le jeu a mené tant de gens qui vous empruntaient de l'argent!…
—La passion ne raisonne pas… et c'est ma passion, le jeu… mais j'en suis bien revenu, et maintenant, je cherche à faire des affaires.
—Des affaires, de quel genre?
—Je n'ai pas de préférences. Cependant, si je pouvais monter une agence de renseignements, je crois que je ferais ma fortune… Recherches dans l'intérêt des familles… surveillances discrètes…
—Je comprends. Vous voudriez faire de la police au service des particuliers.
—Justement. Je m'essaie déjà, et si je pouvais être utile à monsieur le vicomte…
De ce ci-devant garçon de jeu au vicomte de Servon la proposition était impertinente et le gentilhomme auquel ce drôle osait la faire eut sur les lèvres une verte réplique. Mais si le premier mouvement est le bon, comme on le prétend, il arrive souvent que le second ne vaut pas le premier.
Servon, indigné tout d'abord, se dit très vite que cette ouverture n'était pas à dédaigner. Il avait à cœur de savoir à quoi s'en tenir sur les époux de Ganges; qui veut la fin veut les moyens et ce n'était pas le cas de se montrer difficile sur le choix de l'agent qui se chargerait de le renseigner.
On ne fait pas la cuisine avec des gants blancs et pour les basses besognes on n'emploie pas de gentlemen.