Brunachon avait pourtant l'air de savoir parfaitement ce qu'il faisait. Depuis qu'on roulait, il s'était retourné plus d'une fois pour s'assurer que la voiture du vicomte suivait et la dernière fois, en arrivant sur la place Notre-Dame, il avait adressé de loin au persévérant clubman, un signe qui signifiait, sans aucun doute: «Ne vous impatientez pas. Nous y sommes.»

Et Servon, quoique vexé d'être véhiculé de la sorte, lui savait gré d'observer les conventions en s'abstenant de communiquer avec lui autrement que par gestes.

Mais il ne devinait toujours pas où on allait.

La victoria de Brunachon s'engagea dans une rue sombre que domine à droite la masse colossale de la cathédrale: la rue du Cloître, qui n'est ni large ni longue, et où, de sa vie, le vicomte n'avait passé.

Il ne cherchait plus à se rendre compte des chemins qu'on lui faisait prendre, et il lui arrivait de se demander ce que les deux cochers devaient penser de cette course à la queue leu-leu de deux messieurs qui se connaissaient évidemment et qui avaient éprouvé le besoin de prendre deux voitures au lieu d'une seule.

Au bout de la rue du Cloître, celle qui marchait en tête s'arrêta et M. de Servon dit aussitôt à son cocher d'en faire autant.

Brunachon descendit et M. de Servon s'empressa de descendre aussi.

C'était le moment décisif. Brunachon allait-il aborder le vicomte et lui expliquer pourquoi il l'avait amené là?

Pas du tout. Brunachon, fidèle à sa promesse, se contenta de lui montrer du doigt la grille le long de laquelle les deux victorias étaient rangées, à dix pas d'intervalle.

Cette grille entourait une manière de square, planté d'arbres rabougris et garni de bancs vermoulus, un square pauvre où jouaient des enfants malingres et où de vieilles loqueteuses se chauffaient au soleil.