—Parce que… il me semblait… je me figurais que monsieur le vicomte préférerait commencer par se renseigner sur ce jeune homme que j'ai vu avec lui aux Champs-Elysées… et qui a pris le nom et le titre du marquis de Ganges.

Servon ne répondit pas, mais l'objection le frappa.

—Si j'allais dire à la police tout ce que je sais, je pourrais sans le vouloir compromettre des personnes honorables, continua Brunachon, et les pauvres diables comme moi doivent y regarder à deux fois avant de se mêler de ce qui ne les regarde pas. C'est pourquoi j'aime mieux me taire. Ça ne veut pas dire que je ne reste pas à la disposition de monsieur le vicomte. Tout ce qu'il me commandera de faire, je le ferai.

—Je n'ai pas d'ordres à vous donner, répliqua dédaigneusement Servon.

—Mais monsieur le vicomte peut avoir besoin de renseignements sur… sur n'importe quoi et n'importe qui… plus tard, comme maintenant, monsieur le vicomte me trouvera toujours prêt à le servir.

Servon commençait à se dire que le cas pourrait bien se présenter, avant peu, car il n'en avait pas fini avec l'étrange aventure où le hasard l'avait jeté.

—C'est bien, dit-il, je verrai. Où demeurez-vous?

—Pour le moment, je ne demeure nulle part, répondit modestement Brunachon; et quand j'aurai un domicile, ce qui ne tardera pas, il serait peu convenable que monsieur le vicomte se dérangeât.

—Je pourrais vous écrire.

—Si monsieur le vicomte le permet, je lui écrirai d'abord, pour lui donner mon adresse. J'adresserai ma lettre au cercle, et d'ailleurs, à partir de demain, je passerai tous les jours sur le boulevard, vers cinq heures, comme aujourd'hui. Monsieur le vicomte, s'il désire me parler, n'aura qu'à me faire signe… j'irai l'attendre derrière la Madeleine.