Ce fut si bien dit que Paul Cormier s'abandonna au mouvement qui le poussait à se confier au gentilhomme qui lui tenait ce langage chaleureux et persuasif.

—Monsieur, commença-t-il avec émotion, je vous crois et je vais vous confesser la vérité. C'est moi qui suis cause de tout ce qui est arrivé. J'ai rencontré, dimanche, madame de Ganges, dont j'ignorais le nom et que je n'avais jamais vue. Sa beauté m'a frappé et je me suis permis de la suivre.

—Suivre une jolie femme dans la rue, ce n'est pas un cas pendable, dit en souriant le vicomte, qui était coutumier du fait.

—Je l'ai suivie dans les Champs-Elysées, jusqu'à l'avenue d'Antin, où elle allait et, là… quand elle est entrée, sans s'apercevoir que j'étais presque sur ses talons, dans l'hôtel de cette madame Dozulé, j'y suis entré avec elle… le domestique qui annonçait ne connaissait pas M. de Ganges…

—Et il a annoncé monsieur le marquis et madame la marquise!… C'est très drôle et ce serait charmant au théâtre.

—Vous ne me croyez pas?

—Mais si… je vous déclare même que l'idée m'était venue… pas ce jour-là, mais depuis… qu'il n'y avait dans tout cela qu'une méprise. Je m'étonne seulement que madame de Ganges n'ait rien dit…

—Elle a perdu la tête… elle comptait que j'allais me retirer après m'être excusé, et c'est ce que j'aurais dû faire. Lorsqu'elle a vu que je restais et que j'acceptais les félicitations que la baronne adressait au marquis de Ganges, elle a continué à se taire.

—Je comprends maintenant pourquoi elle s'est éclipsée avant la fin de notre partie de baccarat. Vous avez dû être bien embarrassé.

—Pas trop. J'espérais ne jamais revoir les personnes qui se trouvaient chez madame Dozulé.