Paul Cormier n'avait garde de parler de la mort tragique de M. de Ganges. Il croyait avoir fait la part du feu en avouant qu'il s'était laissé donner un nom et un titre qui ne lui appartenaient pas et il avait eu soin de passer sous silence le commencement de l'aventure—la rencontre au Luxembourg et le voyage en fiacre du Luxembourg au rond-point des Champs-Élysées—épisodes compromettants pour la marquise.

Il espérait bien qu'il n'en serait plus question, et que M. de Servon ne tarderait pas à lever la séance.

Pour l'y décider, il lui dit chaleureusement:

—Monsieur, je me défiais de vous parce que je ne vous connaissais pas. Maintenant, je n'ai plus qu'à vous remercier de tout mon cœur de m'avoir mis à même de justifier madame de Ganges et j'ai le devoir de vous apprendre qu'elle ne me retrouvera pas sur son chemin. Je suis rentré dans ma peau d'étudiant et je n'en sortirai plus.

—Vous aurez du mérite à disparaître ainsi, car elle est charmante, la marquise… et vous auriez bien pu aspirer à lui plaire..

Est-elle informée de votre résolution?

—Oui… et elle l'approuve…

—Je comprends… elle est mariée… Peut-être changerait-elle d'avis, si elle venait à perdre son mari.

Cormier ne dit mot. Il se demandait déjà pourquoi le vicomte lui posait cette question.

—C'est une éventualité à prévoir, reprit M. de Servon et si madame de
Ganges était veuve, vous pourriez l'épouser.