—Oui, et quand je me suis aperçu que vous alliez aborder Cormier, j'ai filé sans vous regarder… mais je vous reconnais… et je ne mets pas en doute que vous soyez lié avec Paul. C'est pour cela que j'ai parlé devant vous de ma visite au juge d'instruction. Il me semble que le moment serait venu pour vous de me renseigner un peu… sur…

—Sur tout ce que vous voudrez, monsieur, dit avec empressement le vicomte, ou, pour mieux dire, sur tout ce qui peut vous intéresser. Je vous ai dit qui j'étais et où j'avais rencontré M. Cormier. Il me reste à vous expliquer les suites de cette rencontre et le rôle que madame de Ganges y a joué.

—Précisément.

—Mon rôle, à moi, a été très effacé et je ne l'ai pas cherché. Votre ami le sait bien. Et je tiens à le consulter avant de vous répondre au sujet de la marquise. M'engage-t-il à vous raconter des faits qu'il connaît aussi bien que moi ou bien préfère-t-il vous les raconter lui-même? Je m'en rapporte entièrement à sa décision.

—Il vaut mieux que ce soit moi, dit Paul sans hésiter.

—C'est aussi mon avis. Je laisserai donc M. Cormier vous éclairer sur une situation très délicate pour lui… pour madame de Ganges et pour moi, si je m'en mêlais, ce qu'à Dieu ne plaise.

Je n'en reste pas moins à votre disposition, messieurs. Vous me trouverez toujours prêt à vous servir.

Le vicomte n'alla pas jusqu'à la poignée de mains que Mirande aurait peut-être refusée. Il salua poliment et il s'en alla par le boulevard Saint-Michel.

Mirande le laissa filer avant de dire rageusement à Cormier:

—Ah! tu as un drôle d'ami, toi!… et tu t'y es si bien pris que si nous ne sommes pas tous coffrés, ce n'est pas ta faute. Comment! tu m'envoies chez le juge d'instruction, en me pressant de me déclarer et tu me caches les dessous de l'affaire!… tu me laisses croire que tu ne connaissais pas ce marquis de Ganges… et voilà que j'apprends que tu es au mieux avec sa femme… tu aurais dû au moins m'avertir. Et tu me permettras d'ajouter que puisque tu es son amant, c'était à toi de le battre.