—C'est un rude service que je lui ai rendu là.
—Peut-être, mais il ne serait pas décent qu'elle en convînt… et encore moins qu'elle te reçût..
—Qu'elle me reçoive ou non, je trouverai bien le moyen de lui parler.
—Lui parler de quoi?
—Du passé, parbleu!… de sa vie que, s'il faut l'en croire, j'ai déjà troublée sans m'en douter… de cette personne enfin qui l'intéresse et dont j'ai fait le malheur!… Je te cite ses propres paroles que tu m'as répétées tout à l'heure.
—Et tu espères qu'elle t'en dira davantage?
—Non seulement je l'espère, mais je n'en doute pas. Il ferait beau voir qu'elle refusât de s'expliquer. J'ai la prétention de n'avoir fait le malheur de personne et je n'admets pas qu'on m'accuse sans preuves, même quand c'est une femme qui m'accuse. Je sommerai donc catégoriquement ta marquise de me nommer ma prétendue victime… quand ce ne serait que pour me mettre à même de réparer mes torts, si, par impossible, j'en avais eu. Je soupçonne qu'il y a là-dessous un malentendu, mais je veux en avoir le cœur net… et si, comme elle le prétend, elle est du Languedoc, nous arriverons vite à nous entendre.
Je n'ai pas, je pense, besoin d'ajouter que mes relations avec elle en resteront là.
C'est tout au plus si je profiterai de cette première et unique entrevue pour lui faire de toi un éloge bien senti, conclut en riant Jean de Mirande.
—Comme tu voudras, dit Paul. Pourvu que je ne m'en mêle pas.