Voyons un peu comment la discussion va finir.
—Allons, méchant môme, reprit le gardien, finissons-en. File, si tu ne veux pas que je te mène au poste, où on te mettra jusqu'à demain dans un cachot tout noir. Tu seras bien mieux chez ta maman.
L'enfant, au lieu de répondre, resta sur la défensive, le dos appuyé au piédestal et la pelle levée comme un sabre.
Le gardien n'avait qu'à étendre la main pour l'enlever comme une plume, mais le brave homme hésitait de peur de faire du mal à un récalcitrant qui n'avait pas beaucoup plus de cinq ans et qui n'était guère plus gros qu'un moineau.
Ce révolté précoce était très bien habillé, à la russe, toque en tête, culotte de velours, chemise de soie rouge et bottes minuscules montant jusqu'au genou.
Il avait tout à fait l'air d'un enfant de bonne maison, bien soigné et bien nourri.
La figure était charmante, ronde avec un teint d'un blanc mat, de grands yeux noirs bien ouverts, des cheveux bruns très fins coupés carrément sur le front.
Sérieux avec cela comme un petit homme et pas plus intimidé devant ce militaire à grandes moustaches que s'il avait eu à faire à sa bonne.
—Il est un peu jeune pour coucher au poste, dit en riant Mirande qui s'était rapproché.
—Eh! parbleu! je n'ai pas envie de l'y mettre, s'écria l'adjudant. C'est pas sa faute à ce gamin si ses parents l'ont oublié là. Bien sûr, il n'est pas venu ici tout seul… il devait être avec sa mère et elle est partie, sans s'inquiéter de lui… Faut être à Paris pour voir des choses comme ça!