—Pourquoi n'as-tu pas dit ça à Charles?

—Je me réserve de le lui dire plus tard, murmura Paul, qui n'avait garde d'avouer qu'il s'était tu parce qu'il craignait que ce coquin ne s'attaquât à la marquise de Ganges.

—Tu en auras prochainement l'occasion, car je crois bien que Charles ne tardera guère à te faire appeler de nouveau. Il a encore un tas de choses à te demander et à t'apprendre. Il a reçu la réponse au télégramme qu'il avait adressé au Parquet de Nice. Il connaît le nom de l'homme que ton Mirande a tué.

—Ah!… il connaît… balbutia Paul. Comment s'appelait ce… malheureux?

Paul ne le savait que trop, mais il restait dans son rôle en feignant de l'ignorer; et Bardin, sans remarquer qu'il se troublait, s'écria:

—Parbleu! je ne me suis pas amusé à le demander. Qu'il s'appelle Pierre ou Jacques, qu'il soit marquis ou commis-voyageur, c'est toujours un homme mort et tu as aidé à l'expédier dans l'autre monde en servant de témoin à ton joli camarade.

—Allons! pensa Paul, il n'a pas encore été question de madame de
Ganges. Pourvu que ce Brunachon ne la dénonce pas.

—Et dire, reprit Bardin, que tu t'es mis dans ce pétrin, juste au moment où il n'aurait tenu qu'à toi de faire un mariage magnifique. Elle va te coûter cher, ton incartade.

—Un mariage!… je ne songe guère à me marier.

—Bon! mais j'y avais songé pour toi.