—Elle serait noire comme une taupe qu'elle trouverait des amoureux avec ses six millions. Mais, dis moi… quelle éducation a-t-elle reçue dans ce village de Fabrègues?

—Excellente, mon cher. Feu Marsillargues, père, l'avait prise en amitié, quand elle était toute petite. Elle passait toutes ses journées au château et elle avait les mêmes maîtres que mademoiselle. Elle sait l'anglais, elle chante dans la perfection et elle est de première force sur piano.

—Le piano… je l'en dispenserais, dit en riant Bardin qui n'aimait pas la musique; mais comme ce n'est pas moi qui l'épouserai, je m'en console. Maintenant, parle-moi un peu de sa protectrice qui lui a fait apprendre tant de belles choses. Elle est donc revenue à Paris, après avoir beaucoup voyagé.

—Oui, et elle demeure dans quartier des Champs-Elysées.

—Comment s'appelle-t-elle de son nom de femme?

—Est-ce que ne l'ai pas écrit?… alors, c'est qué j'ai oublié. Elle est marquise Ganges, par son mariage.

A ce nom, lâché ex-abrupto par le ci-devant bâtonnier de Montpellier,
Paul tressaillit, et changea de visage.

Les écailles tombaient de ses yeux; et il s'étonnait de ne pas avoir deviné plus tôt que la protectrice de cette héritière dont il ignorait encore le nom, c'était la marquise.

—Et pourtant, comment aurait-il deviné, alors qu'il ne savait pas que madame de Ganges s'appelait, avant son mariage, mademoiselle de Marsillargues?

Bardin, lui, ne s'émut aucunement. Il n'avait jamais entendu parler du marquis de Ganges. Son fils, qui venait d'apprendre le nom de l'homme tué sur le boulevard Jourdan, ne l'avait pas prononcé pendant la courte visite qu'il venait de faire au vieil avocat.