—Moi aussi, se dit Cormier qui se promettait de raconter toute l'histoire à la marquise et de lui demander hardiment ce qu'elle en pensait.

Après ce court échange de questions et de réponses, la conversation cessa, et chacun des deux amis s'absorba dans des réflexions qui n'avaient pas le même objet.

Mirande se remit à caresser sa chimère de paternité et Paul à rappeler ses souvenirs, à seule fin de se faire une idée nette du cas de madame de Ganges.

Après tout, il l'accusait sans preuves, sur de simples apparences fondées sur une coïncidence de nom.

Le jour où il l'avait rencontrée au Luxembourg, l'enfant n'était pas avec elle. Peut-être jouait-il plus loin sur la terrasse, sous la surveillance de sa bonne ou de sa nourrice. Mais, si elle eût été avec sa mère, elle ne serait pas partie sans l'embrasser.

Restait le nom, ce nom de Jacqueline qu'il donnait à sa maman et qui était resté gravé dans la mémoire de Paul, depuis le voyage en fiacre de la rue de Vaugirard au rond-point des Champs-Elysées.

Il se souvint tout à coup que madame de Ganges en avait un autre. La baronne Dozulé, en lui parlant, et en parlant d'elle, l'avait appelée: ma chère Marcelle, devant quinze personnes assemblées dans le hall à ciel ouvert où elle recevait ses invités.

Donc, ce joli prénom était bien celui de la marquise.

Pourquoi en avait-elle pris un autre? Probablement, parce qu'elle ne voulait pas dire le véritable à un homme que peut-être elle ne reverrait jamais et que, à ce moment-là, elle connaissait à peine.

Et, sans doute, elle avait dit le premier qui lui était venu à l'esprit,
Jacqueline, comme elle aurait dit Jeanne ou Andrée.