Paul, blond, mince et délicat, avait un peu l'air d'une demoiselle.
Jean aimait les aventures tapageuses, les assauts de beuverie et les conquêtes à la hussarde. Rageur et querelleur avec cela, il ne parlait que de pourfendre et il pourfendait… quelquefois.
Paul, qui pourtant n'était pas poltron, préférait aux batailles de brasseries les promenades sentimentales sous les arbres de l'avenue de l'Observatoire.
Mais ses goûts paisibles ne l'empêchaient pas d'être de toutes les joyeuses parties arrangées par le turbulent Jean de Mirande.
Ils s'étaient liés en vertu d'une loi naturelle à laquelle nous obéissons tous—l'instinct qui nous pousse à fusionner les races—et aussi parce que Jean avait, un soir, énergiquement et victorieusement défendu Paul Cormier, assailli par une bande de messieurs à accroche-cœurs, venus de la rive droite pour envahir le bal Bullier.
Et, dernier contraste entre ces inséparables, Jean, dont les ancêtres auraient pu monter dans les carrosses du Roi, Jean donnait dans les idées nouvelles. Il allait jusqu'au nihilisme, inclusivement—tandis que Paul, fils de commerçants, prétendait regretter l'ancien régime.
Paul aurait donné dix ans de sa vie pour être aimé d'une duchesse. Jean, lui, s'accommodait fort bien des petites ouvrières en rupture d'atelier et des chanteuses de cafés-concerts, dits Beuglants, qui constituent le fond du monde galant d'outre-Seine.
Eu quoi, il n'avait pas tout à fait tort, car il régnait sans partage sur le cœur de ces donzelles faciles, et Paul n'avait pas encore subjugué la moindre grande dame.
Paul aurait voulu que son ami le présentât dans les salons du noble faubourg où Jean de Mirande aurait pu être reçu, à cause de son nom et qu'il fuyait comme la peste. Mais quand Paul exprimait ce désir ambitieux, Jean lui riait au nez et l'emmenait dîner chez Foyot.
Foyot est le café Anglais du quartier.