—Il faudrait pour cela des événements… qui n'arriveront pas… Mais il me semble que Roch tarde bien… Pourvu que M. de Mirande nous le ramène!
—Vous pouvez y compter… Le petit sait que vous êtes là et Mirande qui l'adore ne le quitterait pas pour un empire.
—Ah! il s'est déjà attaché à lui?
—C'est-à-dire qu'il en est fou!… Il a découvert tout à coup qu'il a une vocation prononcée pour la paternité… et je parierais qu'il a une peur atroce qu'on lui reprenne l'enfant. Si la mère l'avait abandonné, il serait ravi parce qu'il pourrait le garder… et si elle voulait le lui vendre, il l'achèterait au poids de l'or.
—Roch n'est pas à vendre.
—Oh! je le pense bien… mais il s'arrangerait à merveille de vivre avec mon ami. J'étais là, hier soir, quand Mirande l'a rencontré sur la terrasse. L'enfant était en train de se chamailler avec un gardien qui voulait le faire sortir du jardin, parce qu'on allait fermer. Dès que Mirande s'en est mêlé, il est devenu doux comme un mouton et il l'a suivi, sans faire l'ombre d'une difficulté. Ils se sont entendus tout de suite. Et j'ai pu m'apercevoir qu'ils ont le même caractère. Le petit est aussi rageur que le grand est violent.
—Ce n'est pas peu dire, je crois. Votre ami me fait l'effet d'un sauvage qu'on aurait jeté tout à coup au milieu des civilisés. Il n'obéit qu'à ses passions ou plutôt à ses instincts… il ne connaît aucun frein. Il marche à travers le monde sans se soucier des victimes qu'il écrase… Il m'effraie.
—Vraiment? Je croyais que vous vous intéressiez à lui.
—Comme on se préoccupe d'un dangereux ennemi… comme un berger s'inquiète du loup qui rôde autour du troupeau…
—Je vous assure, madame, que Jean vaut beaucoup mieux que vous ne pensez… les brebis qu'il a enlevées ne demandaient qu'à être croquées.