Lestrigou la reconnut plus vite qu'elle ne le reconnut; mais, pour madame de Ganges, il y mit plus de temps, parce qu'elle avait changé, à son avantage, depuis qu'elle n'était plus mademoiselle de Marsillargues.

Il les aborda toutes les deux à la fois: la marquise respectueusement et Bernadette familièrement. Et après de courtes salutations, il entama un exorde ex-abrupto:

—P_é_tite, dit-il en se frottant les mains,—c'était son tic—j_é_ t'apporte d_é_ quoi trouver un mari à ton goût… tu n'auras qu'à choisir.

Ce début fit froncer le sourcil à Mirande et Bernadette rougit jusqu'aux oreilles.

L'ancien bâtonnier venait de mettre, comme on dit, les pieds dans le plat.

—Si tu commençais par me présenter? interrompit Bardin.

—C'est juste, répondit l'imperturbable Lestrigou.

Madame la marquise… et toi p_é_tite… vous présente mon ami Bardin, qui fut jadis une des lumières du barreau parisien et qui est aussi l'ami M. Paul Cormier qué j'ai le plaisir voir en votre compagnie… Es-tu content? demanda d'un air goguenard l'ancien bâtonnier.

—Très content. Il ne me reste qu'à prier Paul de nous mettre en rapport avec monsieur?

—Monsieur Jean de Mirande, commença Paul, en regardant le vieil avocat dans le blanc des yeux.