Le vicomte aurait dû s'en féliciter, car il perdit cinq fois de suite et comme Paul retirait un louis à chaque coup:
—A ce jeu-là, vous ne vous ruinerez pas, monsieur le marquis, lui dit ironiquement le financier qui venait de le complimenter sur le succès de ses entreprises en Turquie.
Paul eut honte. Il fit paroli et il gagna encore.
Était-ce Jacqueline qui lui portait bonheur, cette Jacqueline emmarquisée, dont le petit nom, qu'il savait être faux, ne lui sortait pas de la tête? Paul était tenté de le croire.
Il se disait pourtant qu'une petite veine, au début d'une partie, n'est souvent que l'avant-coureur d'un désastre.
Il voulut en avoir le cœur net, au risque d'arriver trop tôt à la fin de son capital, et il laissa ses quatre louis qui furent doublés en un clin d'œil, après un triomphant abatage.
Sa masse grossissait, mais elle n'était pas encore bien menaçante pour le banquier, lequel gagnait d'ailleurs à tous les coups sur l'autre tableau.
Il souriait toujours ce grand flandrin de vicomte et cependant il était préoccupé, non pas d'avoir perdu une dizaine de pièces de vingt francs, mais un de ces pressentiments dont aucun joueur n'est exempt l'avertissait que la chance se dessinait contre lui et que la partie allait mal tourner.
Paul était lancé maintenant et nul ne pouvait prévoir où il s'arrêterait.
Les seize louis se doublèrent, puis les trente-deux. Son gain dépassait déjà le billet de mille.