—Vous me devez une revanche, monsieur le marquis… et je me sens capable de vous la demander, séance tenante. Vous plairait-il de me tenir quitte ou double… quatre cents louis, sur parole?… un seul coup, à rouge ou noir?
Paul aurait volontiers refusé. Il n'osa pas. S'il perdait, après tout, il ne perdrait que son bénéfice et d'ailleurs, il entendait derrière lui des bruits de chaises remuées qui lui indiquaient que des invitées de la baronne Dozulé se levaient pour partir.
Il aimait mieux s'en aller les mains vides que de manquer le départ de
Jacqueline qu'il comptait reconduire chez elle.
C'était son droit de mari et il ne supposait pas qu'en public elle refuserait sa compagnie; d'autant qu'elle devait souhaiter, autant que lui, une explication en tête à tête.
—Je suis à vos ordres, monsieur le vicomte, répondit-il bravement. Je tiens ces quatre cents louis… et je dis: Rouge!
M. de Servon avait déjà la main sur les cartes empilées. Il en tira une au milieu du paquet et en la jetant sur le tapis:
—Le roi de cœur! annonça-t-il. Vous avez gagné, monsieur le marquis.
Demain, les huit mille francs que je vous dois seront chez vous.
Paul était si troublé qu'il ne prit pas garde à ce «chez vous» qui, dans la pensée du vicomte ne signifiait pas: chez M. Cormier, étudiant, rue Gay-Lussac, 9. Le vicomte entendait évidemment chez M. de Ganges, mari de madame de Ganges.
Et, alors même qu'il aurait fait attention à ce quiproquo, Paul, sous peine de compliquer encore une situation déjà très compliquée, n'aurait pas pu signaler l'erreur à M. de Servon.
Du reste, il n'eut pas le temps d'y réfléchir, car la baronne Dozulé, qui s'était sournoisement approchée de la table de jeu, se montra tout à coup et dit, en riant, à ces messieurs: