—Vous, ici, monsieur le marquis!
Ce monsieur, c'était le vicomte de Servon, aussi étonné de la rencontre que Paul Cormier l'était de le trouver là.
Le vicomte, toujours poli, aborda courtoisement son heureux adversaire du baccarat, mais sa figure exprima un autre sentiment que l'étonnement. Ses yeux disaient clairement: «Eh bien?… et votre femme?»
Paul comprit. Il y avait dans le regard qui tomba sur lui toute une série d'interrogations que le vicomte était trop bien appris pour formuler en paroles.
Il voulait dire, ce regard clair et légèrement ironique: «Quoi! vous êtes arrivé ce soir, d'un long voyage; vous avez à peine eu le temps de voir votre charmante femme et au lieu de passer la soirée avec elle, vous venez vous divertir dans un bal d'étudiants!»
Paul était même tenté d'y lire quelque chose comme ceci: «Très bien. On pourra essayer de la consoler cette belle marquise que vous délaissez ainsi.»
Mais il ne s'agissait pas de deviner les intentions de M. de Servon; il s'agissait de se tirer immédiatement d'une situation plus qu'embarrassante et Paul ne pouvait s'en tirer que par un mensonge.
Il lui en coûtait, car jusqu'alors, il n'avait pas menti, dans le sens littéral du mot. Il s'était laissé traiter de marquis de Ganges et présenter comme tel par la baronne Dozulé, mais il n'avait rien dit qui pût faire croire que ce nom et ce titre lui appartenaient.
Maintenant, il se trouvait pris dans un engrenage. Sous peine de passer pour l'amant de Jacqueline, il fallait mentir, non plus en se taisant, mais en inventant une explication de sa présence à Bullier.
Le diable s'en mêlait. Il maudissait ce vicomte qui s'était avisé de traverser les ponts au lieu de chercher à se refaire en taillant un baccarat dans les salons de son club. Mais il était obligé de répondre, et il répondit, en allant au-devant des questions qu'il prévoyait.